A partir de la saison 2008-2009, , les amoureux du ballon rond ne devront pas seulement s'abonner à Canal+ mais aussi à Orange s'ils veulent voir tous les matches de la Ligue 1. Les droits de diffusion du championnat de France pour les quatre prochaines saisons ont été attribués, mercredi 6 février, à la chaîne cryptée et à l'opérateur de téléphonie.
Au total, Canal+ et Orange débourseront 668 millions d'euros par an pour retransmettre la Ligue 1 sur télévision, téléphone ou ordinateur. Lors du premier tour d'enchères, organisé jeudi 31 janvier, ils n'avaient proposé que 450 millions d'euros. Une offre bien inférieure aux 660 millions d'euros actuels qui avait fait craindre aux clubs une baisse de leurs ressources - dont 57 % proviennent des droits télévisuels. Avec 668 millions d'euros récoltés par an, la Ligue de football professionnel (LFP) et son président Frédéric Thiriez ont réussi leur pari, même si certains dirigeants de clubs attendaient 750 millions d'euros.
Sur les douze lots attribués, la chaîne cryptée en rafle neuf et la filiale de France Télécom repart avec trois lots dans son escarcelle. A l'occasion de cette seconde phase, Canal+ aura fait un effort financier. La chaîne à péage s'est engagée à verser 460 millions d'euros quand elle ne proposait que 250 millions lors du premier tour d'enchères. Orange a déboursé 208 millions d'euros. Une proposition en ligne avec les 210 millions d'euros mis sur la table il y a une semaine.
Canal+ se taille la part du lion. Peu ou prou, la chaîne cryptée retrouve l'offre de football qu'elle propose déjà à ses abonnés. Elle diffusera notamment le match du dimanche soir en prime time et les dix plus belles affiches dominicales. La chaîne cryptée a aussi préempté les "lots fans" (tous les matchs d'un même club). Plus surprenante est l'acquisition par Canal+ du magazine dominical. Convoité par TF1 et France Télévisions, il sera la propriété de la chaîne cryptée pour les quatre saisons à venir. Pour s'emparer de "Téléfoot" au nez et à la barbe de la Une et du service public, la chaîne cryptée a enchéri à hauteur de 30 millions d'euros. A partir de la prochaine saison, fait-on savoir du côté de Canal+, "le championnat de France de Ligue 1 sera désormais complètement crypté". Des matches en direct jusqu'aux magazines en passant par la vidéo à la demande, tout le football sera en effet réparti entre Canal+ et son concurrent Orange.
L'appel d'offres, savamment conçu par la LFP, a en effet permis à Orange de faire sa grande entrée dans le monde du football. Pour près de 160 millions d'euros, l'opérateur de téléphonie a décroché le fameux "grand match" du samedi soir, en prime time, soit 38 matches par saison. La filiale de France Télécom a également obtenu le magazine en vidéo à la demande, une sorte de "Téléfoot" bis que l'internaute pourra voir sur son ordinateur. Enfin, comme prévu, Orange renouvelle pour quatre années supplémentaires le lot "téléphone mobile" dont il détient déjà les droits et qui lui permet de diffuser des images du championnat sur téléphone. Dans l'entourage de l'opérateur, on se dit très satisfait de ces trois acquisitions. Elles vont lui permettre d'alimenter pendant quatre saisons Orange sport TV.
"ORANGE A PRIS LE RÔLE DE TPS"
Mais le grand vainqueur reste Canal+. Depuis des mois, la direction de la chaîne cryptée fait savoir à qui veut l'entendre qu'elle veut payer moins cher le foot. Quitte à sacrifier une partie de son exclusivité. L'objectif a été atteint. La saison prochaine, la chaîne versera 460 millions d'euros contre un peu plus de 600 millions d'euros aujourd'hui. Du côté de Canal+, on se déclare "plutôt contents car le football français a plus d'argent et nous nous en donnons moins". Avant le démarrage des enchères, la chaîne cryptée aurait décidé de ne "jamais aller au-delà de 500 millions d'euros". Canal+ ne voulait pas non plus de "deux matches en prime time de suite", le week-end, pour ne pas faire fuir ses abonnés récalcitrants au football.
"Orange a pris le rôle tenu auparavant par TPS mais au tarif de France Télécom", ironise un patron de chaîne. Selon lui, cette fois, Orange a payé pour voir. Pour apprendre. Dans quatre ans, l'opérateur, dont la puissance financière est sans rival dans l'audiovisuel, pourrait se montrer beaucoup plus gourmand.